L’ironie du noël

joyeux_noel_ours_by_malvox-d335765Noël c’est l’époque des grands réveillons, l’époque des cadeaux, l’époque de l’amour, du chagrin aussi si l’on est forcé de vivre loin des êtres chers qu’on aime. Né et grandi à Dampuce faisant partie de la troisième section communale de Léogane, noël pour nous était sensationnel. Comme tous les enfants désordres, le 24 décembre était l’occasion pour mon jeune frère et moi de cuisiner sans laisser des traces à ma mère qui passait la journée au marché communal et à mes sœurs qui allaient souvent l’aider dans la vente de différentes marchandises. Si réveillon signifiait « kuit e manje bon jan diri ak pwa kongo vèt fenk keyi », mon frère et moi avions le nôtre au cours de la journée. Nous n’avions pas d’argent qui nous était propre. Ainsi, après avoir été au jardin cueillir du « pois congo », nos amis grimpaient souvent les cocotiers de maman et en cueillaient des fruits que nous allions vendre aux petites commerçantes de la zone. L’argent gagné nous permettait d’acheter d’autres ingrédients que maman n’avait pas eus à la maison et acheter des pâtés après la messe de minuit. Ca nous rongeait le cœur de n’avoir pas pu laisser du mets succulent que nous préparions pour nos sœurs et maman qui risquait de nous fouetter si elle savait.
La messe de minuit
Noël était aussi l’occasion pour nous d’aller à l’église. Communié et confirmé, on était un « franc catholique » qui ne ratait jamais la messe de minuit le 24 décembre. Parfois on cuisinait et mangeait « vant deboutonnen » avant de se rendre à l’église Sainte Rose de Lima pour assister à la messe qu’officiait le père François. La messe était souvent longue mais ayant eu l’occasion de s’assoir à côté de sa petite amie dont on tenait la petite main douce et tendre, le temps passait plus vite qu’on pouvait l’imaginer. Si rempli que fût notre ventre avant d’avoir pris le chemin de l’église, le temps pour la messe d’être terminée, on avait déjà faim et il nous était impossible de résister à l’odeur des pâtés chauds des marchands qui s’alignaient devant les perrons de l’église. C’était bon, croyez-moi !
Noël et nos années d’adulte
En devenant adulte, c’était comme si le noël perdait de son essence. On ne faisait plus de choses défendues, on n’avait plus l’obligation d’aller à la messe à l’église Sainte Rose qui était notre seul rendez-vous. On était libre certes de participer aux différents réveillons que ce soit à Lompré, à Carrefour Dufort, à Darbonne, à Petite Rivière ou dans la ville même, mais ce n’était plus comme avant. On dirait que l’essence du noël diminue et ses couleurs se fanent au fur et à mesure.
Arrivé aux Etats Unis un peu plus de 14 ans de cela, cette constatation allait se confirmer. Suivant la compagnie pour laquelle on travaille et la fonction qu’on occupe, les 7 jours de la semaine sont tous les mêmes. Me croirez-vous si je vous dis que des vendredis saints me passent parfois inaperçus depuis que je suis ici ?
L’hypocrisie et le mensonge des gens observant le noël
L’époque de noël devrait être l’époque de l’amour, du pardon et de la réconciliation. Rappelez-vous qu’on fête tous les 25 décembre la naissance de Jésus. La Bible ne nous a-t-elle pas dit qu’au commencement était la Parole, que la Parole était avec Dieu et que cette même Parole était Dieu ? Ouais et j’y crois. L’acte de la naissance de Jésus dans son ensemble peut se résumer en 3 mots : Amour, Pardon et Réconciliation. Essayons d’expliquer cela en quelques mots. C’est par amour que Jésus en tant que Dieu a décidé de venir naitre misérablement sur la terre après la désobéissance de l’homme dans le jardin d’Eden. Cette naissance témoignait de son pardon et de sa réconciliation avec les hommes.
Pourtant, nos contemporains, au lieu de réfléchir à cet acte sans précédant, cherchent plutôt à en tirer profit. Noël devient l’époque où les magasins sont remplis de gens achetant des cadeaux pour leurs enfants, leurs parents leurs amis(es) et les enfants de leurs amis(es). Quand on les rencontre dans la rue, à l’église ou dans des shop, ils sont habillés comme des paons on dirait des stars de cinéma. Ils dépensent des fortunes pour donner des cadeaux aux enfants des parents riches tandis que c’est par miracle que d’autres enfants arrivent à se mettre quelque chose dans la bouche.
Loin d’être propre et juste aux yeux de Dieu, votre serviteur Rulio Oscar a des gens à qui il tient rigueur. Ne pouvant pas encore appeler ces gens-là pour leur dire que nous leur pardonnons des offenses qu’ils nous ont faites et leur faire part de notre réconciliation, nous choisissons de ne pas fêter le noël. Et vous ?
A celles et à ceux qui comprennent l’importance et la signification de cette époque et qui font de leur mieux pour appliquer dans leur vie l’amour, le pardon et la réconciliation, Nous disons, espérons qu’il n’est pas trop tard, Joyeux Noël.

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