Lock her up! Emprisonnez-la! Fout li nan prison!

prisonJe suis d’Haïti où la politique est synonyme de corruption, du mensonge et de la haine. Oui, je suis de ce pays des nègres où dans mon plus jeune âge j’ai appris que la politique est sale et que les gens de bien ne devraient pas s’en mêler.
J’ai longtemps combattu cette idée qui fait croire que les gens de bien, les chrétiens en particulier ne se mêlent pas de la politique. Il convient de signaler, mesdames et messieurs que je combats encore cette idée en dépit du fait que des réalités même dans des pays « champions de la démocratie » rendent notre tâche de plus en plus difficile.
J’ai toujours dit qu’il faut des femmes et des hommes honnêtes et crédibles pour nettoyer la politique, si vraiment elle est sale. Mais hélas ! J’ai beau chercher en Haïti, ici aux Etats Unis et même dans le monde sans pouvoir trouver une personne qui se laisse guider par l’honnêteté, la compassion et le respect pour les autres.
Dans certains pays, la transparence et le respect des droits humains sont une tradition. Alors les nouveaux politiciens n’ont qu’à emboîter les pas à leurs prédécesseurs. Ils se montrent de bons dirigeants non parce qu’ils sont crédibles, mais parce qu’il y a l’état de droit dans le pays qu’ils dirigent et qu’ils ont peur d’être jetés en prison après et même pendant leur mandat.
J’aime beaucoup les Etats Unis. D’ailleurs, dans un texte que j’avais publié dans le groupe, je n’avais pas hésité à les classer comme étant mon deuxième pays de prédilection après mon Haïti chérie. Cela n’a pas changé. Depuis la deuxième moitié du vingtième siècle, le gouvernement américain se comporte comme étant le gendarme du monde. Il dénonce toujours la violation des droits de l’homme, la violence, la corruption et l’absence de la démocratie dans les autres pays, particulièrement les petits pays. Rendez-moi fou ou sage, dans une certaine mesure, c’était bien puisque les interventions américaines ou onusiennes ont permis la libération de beaucoup de peuples.
Ce beau pays dont la devise est en Dieu nous croyons (In God we trust) ne reflète plus l’amour et la compassion même pour ses propres citoyens, Si comme moi vous suivez de près les élections américaines, vous savez où je veux en venir. Dans la politique, surtout pendant des élections, il est normal qu’il y ait des confrontations d’idées et de programmes, pas de personnalités.
Je regardais hier à la télévision la convention des républicains et j’ai constaté avec amertume la haine de ces derniers pour les démocrates, particulièrement pour Hillary Clinton et Barack Obama. J’imaginais que Mme. Clinton fût dans l’assemblée. Ces gens haineux l’auraient mise en morceaux. Il fallait les entendre crier d’une seule voix : « Lock her up ! » « Lock her up ! » « Lock her up ! » Signifiant emprisonnez-la ou dans le vernaculaire, fout li nan prizon.
Je comprends qu’Hilary a commis des erreurs, surtout dans l’affaire des e-mails. Serait-ce la raison de ces attaques vitriole ? Serait-ce parce qu’elle est une femme et que les coléreux hommes blancs (angry white men comme on les appelle ici) ne voudraient pas qu’une femme fasse l’histoire en devenant le président des Etats Unis comme Barack Obama l’avait fait presque huit ans de cela ? Serait-ce parce qu’elle est démocrate ? Je ne sais pas. Cependant, il est évident que ce pays est divisé et que les républicains surtout sont animés des esprits démoniaques.
Ils ont beau reprocher à Hilary Clinton de mentir. Cependant, ils sont des experts en la matière. Un de mes jobs ici aux Etats Unis, étaient de vendre des appareils électroménagers comme des réfrigérateurs, des fours, des laveuses et sécheuses etc… Tandis que j’avais appris que les clients ont toujours raison, on m’a aussi dit qu’ils sont des menteurs. « Customers are liars; if they move their lips, they lie »
Il est des gens qui ne regardent pas les nouvelles à la télévision parce qu’on diffuse trop de drames, trop de violences et trop de mensonges. Tout étant moi-même un malade pour les informations, je dirai peut-être qu’ils ont raison. Je ne sais pas si vous avez l’occasion de regarder ou d’écouter un républicain qui défend un autre républicain. On dirait qu’ils ont été à l’école pour apprendre comment mentir. Pour mieux corroborer ce que je viens de dire, prenons par exemple la dernière erreur que l’équipe de campagne républicaine a commise : le plagiat de la femme de Donald J. Trump. C’est plus qu’évident qu’elle a plagié. Pourtant tous les républicains disent que ce n’est pas vrai, qu’elle ne l’a pas fait. Paradoxalement, Chris Christi défendant Melania Trump, a dit que 93% de son discours était ses propres idées. Et les 7%, Mr. le Gouverneur ? Ils jurent de ne pas dire la vérité et ils le font avec véhémence.
Au cours de la seconde moitié du XIX siècle, deux hommes forts se disputaient le leadership du gouvernement de la Grande-Bretagne : William Gladstone et Benjamin Disraeli. Les deux politiciens étaient d’ardents rivaux. Déduisez vous-mêmes ce qu’ils ressentaient l’un pour l’autre à partir de ce commentaire fait par Benjamin Disraeli : « Vous me demandez quelle est la différence entre un malheur et une calamité ? Si monsieur Gladstone tombait dans la Tamise, ce serait un malheur. Mais si quelqu’un le repêchait, ce serait une calamité. » Il y avait, mesdames, mesdemoiselles et messieurs de grandes divergences entre ces deux hommes mais ils restaient civilisés l’un envers l’autre.
Ce que nous voyons ici aux Etats Unis est différent. Les politiciens s’entredéchirent et ils l’affichent ouvertement sans tenir compte de l’impact que cela crée sur la façon dont le reste du monde les voit. Ils ne se rendent pas compte que leur division affaiblit ce beau pays et finira par le classer parmi les plus piètres pays du monde.
Rulio Oscar, le 20 juillet 2016

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