Les souffrances causées par l’inaction des bonnes personnes


Présumant que la définition des termes souffrances et monde soit connue de tous, je mettrai l’emphase sur inaction et bonnes personnes en guise d’introduction à ce texte. Si l’on devait se baser sur cette définition de l’inaction qui est la cessation de toute action, ce texte ne concernerait ni l’un ni l’autre ; car, il serait presqu’impossible de faire preuve de la cessation de toute action, à moins qu’on soit mort.
L’inaction peut se définir comme l’absence d’action, qui fait preuve d’inertie, d’abstention, d’indolence, de relâche, de stagnation, de paresse, de renonciation, d’assoupissement, de désœuvrement, de passivité, de fainéantise, de sommeil, etc… Ça peut aussi désigner quelqu’une ou quelqu’un qui ne remplit pas ses devoirs.
C’est quoi, en fait, une bonne personne ? Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est bien plus difficile de définir une bonne personne que l’inaction. Ma maman était une bonne personne ; le pasteur de mon église, le curé de ma paroisse est une bonne personne ; mon voisin d’en-face est une bonne personne ; je suis une bonne personne. Ce que nous essayons de vous faire comprendre, bien que les qualités d’une bonne personne se fassent remarquer, être une bonne personne peut, comme la beauté, être subjective ; c’est-à-dire, une bonne personne pour vous, peut ne pas l’être pour moi et ceci vice-versa.
Par ailleurs, le fait pour quelqu’une ou quelqu’un d’avoir commis une erreur ou d’avoir fait un faux-pas ne fait pas d’eux de mauvaises personnes pour autant. Toutefois, peuvent-ils être de bonnes personnes ? Bien sûr ! Pourquoi pas ? Ne jugez point, dit la Bible, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez.
Partant de cet impératif biblique, nous n’oserons qualifier personne de bon ou de mauvais. Cependant, nous nous acharnerons à juger votre inaction qui est l’une des causes des souffrances les plus atroces dont nous sommes témoins aujourd’hui, en Haïti et dans le monde.
Jusqu’ici, peut-être, vous nous en voulez parce que nous avons l’audace d’attaquer votre inaction, vous qui êtes si bons ou bonnes, si loyaux(les), si prestigieux(ses), et même si religieux(ses). Arrêtez et respirez un peu ! Nous allons, à travers cette anecdote, vous démontrer les souffrances que peut causer votre inaction. Vous voyez l’enfant de 12 ans du voisin jouer avec une arme à feu sur le gazon de ses parents, tandis que vous rentrez chez vous. Au lieu de chercher d’alerter dans l’immédiat votre voisin ou la police, vous vous dites que cela ne vous regarde pas. 30 minutes plus tard, accidentellement ce pauvre gamin qui ne savait pas ce qu’il faisait, a ouvert le feux et tué 3 enfants y compris votre unique fils.
Depuis je ne sais quand, j’entends des autorités religieuses dire que la politique est trop sale et qu’elles ne veulent pas s’en mêler. Cette aberration est transmise non seulement de berger au berger, mais aussi, crée un grand impact sur les brebis elles-mêmes. Ces gens s’acharnent à dénoncer et prêcher contre les gens qui ne payent pas la dîme ou qui, dans leur humanité, commettent une infraction allant à l’encontre des normes bibliques, de quelque nature que soit cette infraction.
Il se peut que nous fournissions aux gens inactifs la corde qui nous pendra, les pierres qui nous seront jetées dessus ou les arguments qui nous cloueront au pilori. Si nous le faisons, ce n’est pas de notre propre gré. Car, notre problème n’est pas seulement avec les prêtres, les pasteurs et prédicateurs, en d’autres termes les prétendues bonnes personnes, mais avec toutes celles et tous ceux qui pourraient faire la différence dans l’avenir de quelqu’un ou celui de leur pays mais qui optent pour l’inertie, l’abstention, l’indolence, la relâche, la stagnation, la paresse, la renonciation, l’assoupissement, le désœuvrement, la passivité, la fainéantise ou tout simplement le sommeil.
Si notre vie est axée sur des buts, ce que les Américains appellent Purposes, nous devons faire en sorte de déterminer ces objectifs. Une fois les identifier, nous avons pour mission de travailler à leur concrétisation. Souvent, cette concrétisation sera nécessitera un travail d’équipe. Que les autres s’attellent au boulot ou pas, faites votre part comme le colibri qui cherchait à éteindre seul l’incendie parce que les autres animaux ne se sentaient pas concernés.
Face aux dérives administratives dans notre pays et à la misère chronique de nos frères et sœurs, nous avons tous une part de responsabilité. Alors, servons-nous des moyens du bord pour dénoncer les abus de pouvoir, l’injustice faite aux malheureux, l’inégalité dans le partage des richesses du pays, etc…
Médecins, ingénieurs, avocats, hommes d’affaire, pasteurs prêtres, journalistes, utilisateurs des réseaux sociaux et gens appartenant à une quelconque secte ou dénomination, tout en vous accordant le bénéfice du doute, nous dirons que vous êtes tous de bonnes personnes. Nous espérons que vous le prouverez en cessant votre inaction et indifférence, car trop de gens en souffrent et en meurent tous les jours.

Rulio Oscar,
KOP, PA

Faut-il s’inquiéter des inégalités et de la pauvreté dans les pays riches ?

Doit-on s’inquiéter de la pauvreté et des inégalités sociales dans un pays riche comme la France, quand on connaît la misère des conditions de vie des habitants des pays les plus pauvres du monde ? Une analyse de Cédric Rio et Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités.

 

Malgré l’extrême pauvreté dont sont victimes des milliards de personnes dans le monde – essentiellement au sein des pays en développement – les débats au sein des pays riches portent surtout sur la pauvreté et les inégalités à l’échelle nationale. L’Observatoire des inégalités participe de ce phénomène, en publiant moins d’articles dans sa rubrique « Monde » que sur la France [1]. Comment expliquer ce phénomène ?

Un monde scindé en deux

Les écarts de revenus et de conditions de vie entre les populations les plus riches et les plus pauvres du monde sont vertigineux, même si, dans certains domaines, ces écarts tendent à diminuer depuis quelques années [2]. Au point que notre monde apparaît, pour ainsi dire, scindé en deux.

On comptabilise un milliard de personnes extrêmement pauvres en 2011 dans le monde – elles vivent avec moins de 38 euros par mois – selon les dernières estimations de la Banque mondiale. Le seuil français à 50 % du revenu médian correspond à des revenus mensuels inférieurs à 828 euros (données 2012 ), plus de 20 fois supérieur au seuil utilisé par la Banque mondiale [3]. Si on utilisait le seuil mondial d’extrême pauvreté, cette dernière aurait été éradiquée en France.

Les populations qui souffrent de l’extrême pauvreté vivent dans leur quasi-totalité dans les régions en développement. Près de la moitié de la population est concernée en Afrique subsaharienne, et un quart de la population en Asie du sud [4]. Cette pauvreté monétaire signifie pour certains des conditions de vie indignes, équivalentes à ce que les pays riches ont pu connaître il y a plus d’un siècle. Ainsi par exemple, seulement 63 % de la population d’Afrique subsaharienne dispose d’un accès à l’eau potable (Organisation Mondiale de la Santé – Unicef, données 2011), et 840 millions de personnes sont sous-alimentées dans les pays en développement (FAO, données 2011-2013). Dans ces pays, l’espérance de vie à la naissance est beaucoup plus faible que la moyenne mondiale : 52,9 années en Afrique subsaharienne, alors que la moyenne mondiale atteint 68,7 années (Nations Unies, données 2010).

Pour la plus grande partie des populations des pays riches, l’accès aux biens de base tels que l’eau potable ne constitue plus un problème. Les maladies qui tuent au sein des pays les plus pauvres (diarrhée, paludisme, choléra, etc.) ont disparu, notamment en raison de l’amélioration des conditions d’hygiène. La plupart des pays développés se sont dotés d’un système de protection sociale permettant de garantir une partie des aléas de la vie. Ces conditions de vie dont bénéficient les populations des pays riches se reflètent dans la longévité de leur espérance de vie à la naissance : elle est de 80,2 années en Europe de l’Ouest et de 78,4 années en Amérique du Nord.

Au-delà des éléments vitaux, les habitants des pays riches accèdent à un ensemble de services publics plus ou moins développés selon les pays. Dans ce cadre, la question de l’accès à l’école est essentielle. Si la quasi-totalité des jeunes y sont scolarisés jusqu’à 16 ans, c’est loin d’être le cas partout dans le monde : 61 millions d’enfants en âge d’être à l’école primaire ne sont pas scolarisés dans le monde. En Afrique subsaharienne, le taux de scolarisation n’est que de 78 % au primaire et de 41 % au secondaire (Unesco, données 2012), et les conditions d’études n’ont rien à voir avec celles que connaissent les enfants des pays riches.

Deux poids, deux mesures ?

Le principe fondamental selon lequel tous les êtres humains « naissent libres et égaux en droits », c’est-à-dire que « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » [5], est aujourd’hui largement admis. Hommes ou femmes, personnes nées au Gabon, au Brésil ou en Italie, toutes et tous, en théorie, ont les mêmes droits et participent à une humanité commune. Or, les éléments affichés plus haut illustrent l’écart entre les principes et la réalité. Comment se fait-il que l’on s’en inquiète aussi peu ? Le peu d’intérêt que les habitants des pays riches portent à la pauvreté qui sévit au sein des pays en développement donne le sentiment qu’il existe deux poids deux mesures dans notre rapport aux êtres humains.

Si nous accordions la même considération à tous, l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres dans le monde devrait constituer la plus grande source de préoccupation des pays riches, bien plus que leur situation nationale. Doit-on vraiment se battre, par exemple, pour quelques années de travail en moins quand l’immense majorité des travailleurs dans le monde ne savent même pas ce qu’est la retraite ? Les femmes françaises ne seraient-elles pas trop exigeantes au regard de la situation de celles d’Arabie Saoudite ? Est-il pertinent de mettre en avant les inégalités de départ en vacances quand certains n’ont pas accès à l’eau potable ?

Le manque d’intérêt porté à la situation des pays en développement constitue une forme de mépris des riches envers les pauvres. Pour certains, il relève d’intérêts économiques bien compris : ainsi par exemple si aucun mouvement d’ampleur internationale pour dénoncer la situation des femmes en Arabie Saoudite n’est vigoureusement soutenu par les gouvernements des pays du Nord, c’est en partie que des intérêts pétroliers énormes sont en jeu.

S’il est nécessaire de tout faire pour réorienter les débats, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille oublier les inégalités et la pauvreté au sein des pays riches, et ce pour plusieurs raisons.Tout d’abord, la grande misère n’a pas disparu dans les pays les plus opulents. Selon l’Insee, 1,3 million de personnes vivent dans des logements sans confort en France. Sans l’aide des Restos du cœur ou d’autres associations, certaines familles auraient du mal à se nourrir. Parmi les plus pauvres des plus pauvres, on trouve notamment des travailleurs étrangers sans papiers, exploités dans leur emploi et logés à prix d’or dans des taudis par des marchands de sommeil. Des milliers de personnes vivent dans des caravanes, des cabanes ou des logements qui ressemblent fort à des bidonvilles. Le quart-monde est loin d’avoir totalement disparu du monde riche.

Même persistante, l’ampleur de cette extrême misère n’a bien sûr pas grand-chose à voir avec ce qui existe dans les pays pauvres. Si l’on s’inquiète peu de ce qui s’y passe, c’est pour une autre raison : chaque société constitue, pour partie, une sphère autonome avec des problématiques spécifiques. Dans les pays riches, outre les difficultés à boucler les fins de mois, à accéder à un logement jugé décent, aux soins, etc., l’un des symptômes de la pauvreté est le sentiment d’exclusion sociale, le sentiment de vivre à part, d’être un citoyen de « seconde zone ». Le fait de ne pas disposer de suffisamment de ressources réduit considérablement la possibilité de développer une vie sociale « normale » par rapport au reste de la société : impossible d’aller au restaurant, à un concert, de prendre des congés. Pour des parents, ne pas pouvoir offrir les mêmes loisirs, les mêmes vêtements et tous les fruits de la modernité à ses enfants, est particulièrement destructeur. Parfois, une telle exclusion a des conséquences concrètes : l’impossibilité de disposer d’une connexion Internet ou d’une automobile complique considérablement la recherche d’un emploi, réduit l’accès aux réseaux sociaux et plus largement à l’information.

Des parents au chômage qui n’ont pas les moyens d’offrir des vacances à leurs enfants ne se rassurent pas en pensant que l’immense majorité des familles sur la planète ne sait même pas ce que sont les vacances. Ne se situant pas sur la même échelle, la prise en compte de l’une de ces réalités ne peut légitimement conduire à une minimisation de l’autre. La hiérarchie des inégalités ne peut pas se faire uniquement sur leurs conséquences réelles, mais également sur leur valeur symbolique. Un organisme comme l’Observatoire des inégalités ne pourrait éluder les questions qui se posent en France, sous prétexte que leur impact est réduit par rapport à la situation internationale. S’il s’inquiète des taux de départs en vacances, c’est que l’écart entre le discours médiatique sur la généralisation des congés pris hors du domicile et la réalité sociale est considérable. C’est une vision relative des inégalités.

Pour bien comprendre cette idée, il peut être utile de la transposer de l’espace au temps. En 2012, on l’a vu, une personne seule était considérée pauvre en France avec moins de 828 euros par mois. En 1970, ce même seuil était de 402 euros (exprimés en euros de 2012, après inflation). Cette évolution reflète une amélioration très importante des conditions de vie des plus démunis en France. Doit-on en conclure que les pauvres d’aujourd’hui n’ont pas à se plaindre, compte tenu des modes de vie du passé ? On peut comprendre que des générations qui ont connu des temps plus difficiles répondent par l’affirmative – discours très répandu. Mais même si le calcul des niveaux de vie prend en compte ces écarts de conditions de vie, en intégrant l’évolution du prix des denrées alimentaires, du logement ou encore de la santé, les besoins ne sont pas les mêmes : la qualité du logement, l’accès à l’éducation (et notamment aux études post-bac), etc., ont largement progressé, tout comme nos exigences sociales. Ainsi, les attributs même de la notion de pauvreté ont évolué. Dans le passé, les enfants issus de la classe ouvrière n’avaient que peu de chances d’étudier. Aujourd’hui, les études sont potentiellement ouvertes à tous, quelle que soit l’origine sociale.

Tout comme notre rapport à la pauvreté, le sentiment d’inégalité existe parce que nous nous comparons à des individus qui nous apparaissent socialement semblables. Mais l’ampleur de la sensibilité aux écarts au sein d’un territoire donné est d’autant plus importante que l’égalité constitue une valeur forte. La promesse d’égalité compte autant que la situation réelle des écarts. Plus l’on se rapproche de situations comparables, plus la sensibilité peut être grande : « quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil ; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande » [6], écrivait Alexis de Tocqueville au milieu du XIXe siècle. C’est l’une des raisons pour lesquelles les inégalités à l’échelle mondiale nous apparaissent moins urgentes que celles observées à l’échelle nationale, malgré la réalité des faits. C’est aussi la raison pour laquelle les débats sur les inégalités sociales sont plus intenses en France qu’en Inde par exemple. Si la question des inégalités prend une telle ampleur en France, c’est nullement que les écarts y sont plus grands : notre pays figure parmi les moins inégalitaires au monde. A l’inverse, dans les pays les plus pauvres – et particulièrement ceux où existent des castes – l’idée même d’inégalité peut paraître saugrenue : on ne se compare pas.

Les citoyens des pays riches ne peuvent s’abstraire de leur système de valeurs, d’autant plus que celui-ci est en permanence réaffirmé par l’autorité publique, quelle que soit son orientation politique. Le mot « égalité » figure au fronton de toutes les mairies, il est utilisé dans l’ensemble des discours et est promu par la République qui a même créé des instances pour la faire respecter. « La France ne serait pas la France sans cette passion de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui est le propre de la République », indiquait ainsi le président de la République d’alors, Nicolas Sarkozy, lors d’un discours en décembre 2008.

Remettre les inégalités à leur place

Il faut remettre les inégalités à leur place, prendre conscience de l’ampleur qui sépare les citoyens d’un même monde. Alerter sur les inégalités mondiales, comme le font notamment les organisations non-gouvernementales, est plus que jamais nécessaire. D’autant que, bien plus que les générations précédentes, nous disposons d’outils (statistiques toujours plus précises, médias audiovisuels, réseaux sociaux, etc.) qui nous permettent de savoir avec précision et en temps réel ce qui se passe à l’autre bout du monde.

La tentation est grande de fermer la porte d’accès aux bienfaits matériels aux populations du Sud, au nom de la préservation de notre « modèle social », ou par souci de l’environnement et des générations futures. Le protectionnisme de plus en plus mis en avant est aussi une façon de fermer la porte de la richesse aux pays en développement. Pour se donner bonne conscience, de nombreux discours idéalisent ainsi les modes de vie et la culture des pays « différents » et mettent en avant les déboires consuméristes des plus riches. Ce relativisme peut être légitime s’il permet de faire comprendre que les inégalités ne décrivent pas l’ensemble de la vie en société, s’il prône le respect des cultures dominées, ou encore s’il permet d’alerter sur les conséquences, pour l’ensemble de la planète, des modes de vie destructeurs des habitants des pays riches. Mais il ne doit pas servir d’alibi à l’abandon de la recherche de l’égalité entre l’ensemble des individus de la planète.

Cela ne doit pas conduire à basculer dans un autre relativisme, qui, au nom de l’universalité de l’humanité, oublierait la violence que constituent les inégalités subies par les habitants des pays riches et l’importance qu’il y a à les réduire. Renoncer à l’idéal d’égalité au Nord ne rendrait en rien plus égaux les habitants des pays pauvres. Au contraire : ce travail permanent constitue aussi une forme d’entraînement plus global. Il est lui-même porteur de progrès pour les autres pays. Si la jeunesse des pays arabes s’est révoltée c’est aussi parce qu’elle a observé ce qui se passait ailleurs dans le monde et peut s’y comparer. Dans un monde où l’information ne connaît plus de frontières, la possibilité de comparaison s’étend et inspire celles et ceux qui revendiquent l’égalité. Si Tocqueville a raison, alors la mondialisation devrait donner des ailes à tous les mouvements qui, au Sud, aspirent à l’égalité.

Dans les pays riches, les 10 % les plus fortunés détiennent la moitié du patrimoine

Le dixième le plus riche des habitants des pays les plus riches du monde détient la moitié de la fortune totale des ménages de ces pays et un quart de leur revenu total.

Dans les 18 pays de l’OCDE pour lesquels des données comparables sont disponibles, les 10 % au patrimoine le plus élevé détenaient en 2012 la moitié de la fortune totale des ménages. Le dixième dont les revenus sont les plus élevés recevait quant à lui environ un quart de la totalité de la masse annuelle des revenus des ménages de ces 18 pays.

La fortune est hyper concentrée aux États-Unis, où les 10 % de la tranche supérieure détiennent les trois quarts du patrimoine et 29 % des revenus. En Espagne et en Italie, les 10 % les plus fortunés reçoivent la part la plus faible du patrimoine, même si elle représente tout de même 44 et 45 % du total. Encore faut-il être prudent : compte tenu de la place de l’économie informelle dans ces pays, il est aussi possible que la part qui échappe aux statistiques soit plus importante qu’ailleurs. En France, selon les données de l’OCDE, le dixième le plus favorisé détient 50 % du patrimoine et un quart des revenus.

À l’autre extrémité de l’échelle, dans ces 18 pays de l’OCDE, le patrimoine des 40 % les moins fortunés représente en moyenne seulement 3 % du patrimoine des ménages et leur part dans le revenu total des ménages s’élève à 20 %. Ces 40 % les moins fortunés ne disposent d’aucun patrimoine aux Etats-Unis, en France, ils n’en détiennent que 2 %. Dans l’ensemble des pays, toute une partie de la population est soit trop jeune, soit trop pauvre pour détenir quoi que ce soit.

 

Part du patrimoine net des ménages par niveau de patrimoine
Unité : %
Les 10 % les plus riches détiennent… Les 50 % intermédiaires Les 40 % les moins riches
Etats-Unis 76 % 24 % 0 %
Allemagne 59 % 40 % 1 %
Canada 50 % 46 % 3 %
France 50 % 48 % 2 %
OCDE-18 50 % 47 % 3 %
Royaume-Uni 47 % 49 % 5 %
Italie 45 % 50 % 5 %
Espagne 44 % 49 % 7 %

Portrait social des familles monoparentales

Le nombre de familles monoparentales a doublé durant ces vingt dernières années, de 950 000 en 1990 à 1,8 million en 2013. Qui sont ces familles ? Quelle est leur situation au regard de la pauvreté, de l’emploi ou encore du logement ? Leur portrait social, par Valérie Schneider.

La part des familles monoparentales dans l’ensemble des familles avec des enfants de moins de 18 ans est passée de 12,4 % en 1990 à 22,2 % en 2013, selon l’Insee. Des revenus au logement, en passant par le travail, ces familles composées d’un seul adulte ont des conditions de vie bien moins favorables que la moyenne.

Le niveau médian mensuel des familles monoparentales (1 184 euros en 2014 pour un équivalent adulte) est inférieur de 30 % à celui des couples avec enfants (1 712 euros, toujours pour un équivalent adulte). Les familles composées d’un seul adulte représentent près d’un quart de la population pauvre. Parmi les 5,7 millions de personnes qui vivent dans une famille monoparentale, plus du tiers sont considérées comme pauvres. Cette situation s’explique d’abord par le fait que ces familles n’ont comme ressources que les revenus d’une seule personne, le plus souvent suite à une séparation. Ce n’est pas la seule raison. Dans près de neuf cas sur dix, cette personne est une femme. Et ces femmes sont en moyenne bien plus souvent inactives et, sinon, moins bien rémunérées, et davantage en temps partiel, que les hommes.

Les femmes paient leur séparation au prix fort : « La perte de niveau de vie directement imputable à la rupture est de l’ordre de 20 % pour les femmes et de 3 % pour les hommes », indique une étude de l’Insee. Pour celles d’entre elles qui n’exercent pas d’activité professionnelle (18 % selon les données 2012 de l’Insee), les écarts sont encore plus marqués. Le niveau de vie médian mensuel des femmes seules inactives est de 979 euros en 2013, près de 1,5 fois moins que celui des mères seules actives (1 324 euros). Malgré les transferts sociaux qui limitent la précarité des mères seules inactives, plus des deux tiers sont touchées par la pauvreté (au seuil à 60 % du revenu médian) en 2014, contre 30 % des mères actives à la tête d’une famille monoparentale. Sans le système de protection sociale français, un grand nombre de ces femmes avec enfants vivraient dans des conditions misérables.

Les mères seules sont plus souvent au chômage ou en emploi précaire

Ces faibles revenus sont aussi liés au manque d’emploi. En 2014, 15 % des mères seules étaient au chômage, près de deux fois plus que l’ensemble des femmes. Ce taux atteint 33 % pour celles qui élèvent deux enfants ou plus, dont l’un a moins de trois ans. Le fait de devoir gérer seule les activités domestiques et les enfants complique l’intégration dans le monde du travail, tant il est parfois difficile, notamment, d’organiser et de financer la garde des enfants.

Les conditions d’emploi des mères qui travaillent sont aussi plus souvent précaires : en 2012, 15 % étaient en contrat à durée déterminée, en intérim ou en emploi aidé, contre 9 % des mères en couple. Les mères isolées travaillent plus souvent en temps partiel subi (42 %), deux fois plus que les femmes en couple. Enfin, les femmes seules sont davantage représentées dans les catégories socioprofessionnelles les moins favorisées. Un peu plus de la moitié (52 %) sont employées contre 42 % des mères en couple, et 9 % sont ouvrières, un taux à peu près similaire à celui des femmes en couple (7 %).

Des logements de moins bonne qualité

Les familles monoparentales vivent dans des logements qu’elles jugent plus souvent de moins bonne qualité que les autres types de familles : plus de 60 % sont dans ce cas, contre 49 % des couples. Les familles monoparentales avec enfants vivent en moyenne dans des logements plus petits : un cinquième connait un surpeuplement modéré mais 35 % des parents seuls avec trois enfants ou plus en souffrent. Les prix de l’immobilier et les montants des loyers élevés, notamment dans les grandes villes, ne facilitent pas l’accès des parents seuls aux revenus faibles à un logement conforme à leurs aspirations. Pourtant, faute d’emploi, d’accès aux services publics, à des modes de garde pour leurs enfants, les mères isolées sont souvent contraintes de rejoindre les grandes villes. Pour elles, le logement social est souvent l’unique solution : 37 % y vivent contre 15 % des familles composées de deux adultes (données 2013).

Familles monoparentales, de qui parle-t-on ?
Une famille monoparentale comprend un parent isolé et un ou plusieurs enfants célibataires. Le plus souvent, il s’agit d’enfants de moins de 18 ans, mais dans certaines études, on considère les enfants jusqu’à 25 ans. Les femmes représentent 85 % des parents à la tête d’une famille monoparentale. En moyenne, on compte 1,6 enfant par famille monoparentale. 57 % ont un enfant, 31 % deux et 12 % trois ou plus.

 

Source, inégalités.fr